Salut,
Et bien pas simple de suivre le rythme qu'impose ce blog, en effet je vois que mon dernier message date déjà un peu! Donc voici des nouvelles plus fraîches de retour d'une mission au Mozambique...
Ces quelques mots pour vous faire partager mes impressions sur cette ville de Maputo, qui est la seule finalement que je connaisse du pays!
Cette fois-ci ma mission "enjambait" un We et il m'a donc été facile de prendre un peu plus mon temps pour découvrir cette ville à pied et en apprécier les contours, les usages. C'est donc plus facile d'en parler dans ces conditions.
Pas de programme clairement défini au départ si ce n'est la visite du musée de la Révolution qui par son seul nom me semble valoir le détour (surtout quand on constate les effets de cette Révolution). Pour ça il me faudra repasser parce que j'ai trouvé porte close! La Révolution ne semble accessible qu'en semaine!! Donc j'en suis quitte pour continuer ma déambulation...on se repliera sur la nourriture si le culturel ne suit pas!

Pas génial de circuler en bagnole à Maputo!
Il est troublant de constater combien la vie semble, à Maputo, presque ilienne. Un peu à la manière d'une longue attente de la venue d'un improbable bateau.Pas simple de comprendre qu'est ce qui matérialiserait ce navire et justifierait cette attente...en tout cas dans l'ensemble de la ville cette même impression (sans doute celle que l'on rencontre dans beaucoup d'autre pays d'Afrique), des gens posés sur des bancs, assis sur un trottoir ou allonger dans l'herbe et attendant que le temps s'écoulent, qu'une nouvelle journée commence et que celle-ci se termine... le lendemain sera sans doute similaire au jour précédent. Les raisons de ces comportements sont sans doute à rechercher dans l'histoire récente du pays..Je dois dire que là dessus j'ai été un peu éclairé par certaines rencontres. En premier lieu ce qui m'est apparu c'est que la colonisation portuguaise semble avoir été relativement moins brutale que celle conduite par les autres pays européens sur le continent, mais il n'apparait pas que les Portuguais aient notablement développé l'exploitation des ressources (y on quand même légué un barrage!), son potentiel agricole est notamment complètement sous exploité. Résultat les Mozambiquains aujourd'hui ne mangent pas à leur faim...et fuient chez leur voisins sud af'..(on a vu comment ils sont reçus d'ailleurs!). Le Mozambique comme beaucoup de pays d'Afrique a connu ses mouvements de libération au sortir de la 2nde guerre mondiale. D'après ce que j'en ai compris, lors de la révolution des oeillets au Portugual, le front de libération du Mozambique FRELIMO, guérilla qui avaient ses bases à partir de la Zambie, est devenu l'interlocuteur du nouveau pouvoir portuguais à partir de 1974. La décolonisation est donc prononcée à partir de là, mais un front de résistance (RENAMO) est monté de toutes pièces par le pouvoir Rhodésien (actuel Zimbabwe et doté d'un régime similaire à l'Afrique du Sud à l'époque!) Ce qui devait être une réconstruction et une reprise en main du pays par ses habiatants tourne à la guerre civile! Le FRELIMO reste au pouvoir mais doit contrer le RENAMO. Cela occasionnera une guerre civile qui durera jusqu'en 1992 et qui fera 1 million de morts (à mettre en parallèle avec la population actuelle de 18M d'habitants!).

Honneur à Samora Machel, le chef historique du FRELIMO

Honneur aux copains du régime!

La villa Algrave: quartier général de la PIDE, les services secrets de Salazar

Faut pas déconner à l'approche des bâtiments officiels!
Et depuis 1992 peu d'investissements dans les infrastructures, un régime verreux au pouvoir ce qui freine les velléités des investisseurs étrangers, hormis les Chinois au nom de l'amicale communiste et du quasi monopole qu'ils peuvent avoir...gniagnia!
Donc globalement le pays vit sous une forme de léthargie puisque rien ne bouge et aucun avenir n'est offert au population, qui souffre par ailleurs d'un faible niveau d'éducation...la seule ressource viable semble être le tourisme, notamment grâce aux sud af qui débarquent par milliers en décembre pour aller manger des crevettes et faire du jet ski sur les plages superbes au nord du pays. Mais la manne ne semble profiter qu'à un petit nombre, la première vision du pays en sortant de l'aéroport demeure celle d'un bidonville immense qui relie l'aéroport à la ville. Le président, comme aux grandes heures de la guerre civile, se trimballe dans la rue avec une escorte pléthorique au sein de laquelle on peut apercevoir une ambulance et un camion pompier! Le lieu où il passe la nuit serait encore apparemment un secret d'Etat! Bref un pays qui ne semble pas encore sortit de l'auberge.
Pour en revenir à moi dans tout cela et bien c'est dans ce contexte que je redécouvre la ville; partir à l'abordage de cela n'est pas une mince affaire. La maîtrise du portuguais n'étant pas ma spécialité je m'arme de mes faibles connaissances en espagnol (merci Paola!) et je transforme cela à la sauce madère! Mais il s'agit surtout pour moi d'arpenter le maximum de cette ville, ses quartiers résidentiels notamment pour avoir une idée de la vie ici aujourd'hui ici. Je m'aperçois d'abord que les monuments souffrent d'un manque d'entretien, signe de la décrépitude de l'Etat et des finances de ses habitants. Ensuite les commerces ici me font penser à ceux déjà aperçus dans les coins les plus reculés d'Europe de l'Est avec pour caractéristiques: pas à la première mode, et beaucoup de librairies...Après il reste l'ensemble des magasins dans les "malls" chinois, c'est plus mode mais toujours peu engageant. Alors ce qui reste de ces déambulations c'est surtout les scènes de la vie quotidienne, le sport (ultra présent dans cette ville et puis quand on a pas d'argent c'est toujours mieux de faire du sport....ou de picoler...y a pas mal de personnes qui ont ça comme hobby à coté des plages) et surtout les anciens quartiers résidentielles portuguais, dans lesquels on a parfois l'impression que le temps s'est arrêté! C'est toujours aussi fascinant et je ne manque pas d'imaginer la ville au temps où elle s'appelait Lourenco Marques et que les grands paquebots y faisaient escales!


Encore quelques jolis bâtiments..mais pour combien de temps encore?

Les plages de Maputo sont également plutot chouettes!
Et puis dernier détail, mais il est vrai que la cuisine ici vaut le détour!
Autrement au niveau de mon boulot sur place, ce fut assez intéressant de piloter conjointement avec mon boss ce concours d'architecture! Le jury a semble-t-il fait un choix intéressant de 5 architectes, mais malheureusement aucun africain! Autrement j'ai eu pour une fois l'honneur d'être reçu à déjeuner par l'ambassadeur sur place, et je peux maintenant répondre à cette fameuse interrogation: on ne sert pas de Ferrero-Rochers à la fin du repas!
A la prochaine...